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31/01/2013

Les biens mal acquis d'Houphouêt

 source : http://ccfd-terresolidaire.org/BMA/img/PDF/BMA_totalBD.pdf (4Mo)

Félix Houphouët-Boigny dirigea la Côte d’Ivoire pendant trente-trois années de 1960 à 1993. Il fut sans doute l’un des chefs d’État les plus riches d’Afrique. R. Baker évalue sa fortune à 7 milliards $. Le Quid, en 1992, un an avant la mort du dictateur ivoirien, l’évaluait à 11 milliards $. Avant son accession au pouvoir, F. Houphouët-Boigny détenait déjà une petite fortune. À la tête de l’État, il a considérablement accru cette fortune par des prélèvements constants sur les ressources du pays, café et cacao. Il ne se cachait pas de son amour pour l’argent. En 1983, il déclarait ainsi : «Les gens s’étonnent que j’aime l’or. C’est parce que je suis né dedans». Le président ivoirien aurait possédé une dizaine de propriétés en région pari- sienne, dont une gentilhommière de style Louis XIV à Soisy-sur-Ecole, l’ancien appartement de Jean Gabin dans le VIIIe arrondissement de Paris, un autre dans le XIe ainsi que sa résidence personnelle, rue Masseran (VIIe), avec un parc de 8 590 m2, évaluée en 1998 à 18,3 millions d’euros. À cela s’ajoutent d’autres propriétés dans la capitale française, si l’on en croit la Lettre du Continent. Il détenait aussi une maison en Suisse, au Chêne Bourg et une propriété en Italie, à Castel Gondolfo. Il possédait aussi des comptes à l’étranger, notamment en Suisse (UBS, SIB, Everlasting). Il avait d’ailleurs déclaré à des enseignants ivoiriens en grève : «Quel est l’homme sérieux dans le monde qui ne place pas une partie de ses biens en Suisse.» Pays qu’il connaissait bien puisqu’il y avait de multiples sociétés immobilières (SI Grand Air, SI Picallpoc, Intercafco) et était actionnaire des bijouteries-horlogeries huppées de Genève, Piaget et Harry Winston. Houphouët-Boigny avait aussi la folie des grandeurs : en 1983, il fit d’un petit village, où il avait grandi au côté de sa grande tante Yamoussou, la capitale administrative de la Côte d’Ivoire, Yamoussoukro. Il y fit construire plusieurs édifices somptueux, l’hôtel de ville, un institut polytechnique, un aéroport international et une basilique qu’il voulut plus grande que Saint-Pierre de Rome, alors qu’il y avait seulement 12% de catholiques en Côte d’Ivoire. Il a toujours affirmé que c’était lui qui offrait cet édifice à la Côte d’Ivoire. Il aurait dépensé 115 millions d’euros pour la réalisation de cette basilique, un des plus grands édifices religieux chrétiens au monde, réalisée par la société française Bouygues entre 1985 et 1990 pour 250 millions d’euros. Malgré ses dépenses somptuaires et son train de vie fastueux, il n’a jamais été inquiété par la justice de son pays, ni par la communauté internationale. En France, où il détenait pourtant la majeure partie de ces biens, personne n’osa critiquer sa fortune. Houphouët aurait longtemps entretenu les hommes et les partis politiques français. Pendant 30 ans, il fut le principal allié de la France en Afrique, s’entourant de nombreux conseillers politiques français comme Guy Nairay, son chef de cabinet de 1960 à 1993. Il nouera avec le Monsieur Afrique de l’Elysée, Jacques Foccart, de véritables liens d’amitié. C’est lui qui, en 1955, utilisa pour la première fois le terme de Françafrique pour définir les bonnes relations du continent africain avec la puissance colonisatrice, dont il était à l’époque député. François-Xavier Verschave et son association, Survie, ont ensuite popularisé le terme pour désigner, au contraire, la nébuleuse des relations occultes entre la France et l’Afrique. Aujourd’hui, la seule bataille autour de la fortune du «Vieux» est celle des héritiers. A sa mort, ne laissant aucun testament, le dictateur aurait confié ses biens à l’État ivoirien par un legs verbal. Une partie de ses héritiers reconnus, réunis autour d’Hélène Houphouët-Boigny, l’une de ses filles, ont donc dû renoncer à la majorité des biens personnels de l’ancien président, mais ont refusé de perdre la propriété de quelques-uns, notamment l’hôtel particulier, rue Masseran et les tableaux de maîtres (Pierre Bonnard, Van Gogh, Bernard Buffet) ainsi que du mobilier qu’il contenait, évalués à 6,6 millions d’euros. Dès juin 1999, d’autres enfants du Vieux confiaient la gestion de la succession à un certain Philippe Rideau, domicilié rue César-Franck, à Paris. Guillaume Houphouët-Boigny aurait eu la charge de gérer les comptes bancaires suisses du Vieux à la SIB et Maître Escher, ceux d’Everlasting et d’UBS. La succession est traitée en France par l’administrateur judiciaire Pierre Zecri et la propriété par l’État ivoirien d’une partie de ces biens a été reconnue en janvier 2007. L’État ivoirien possèderait ainsi, en particulier autour du 102 avenue Raymond Poincaré, siège de l’ambassade de Côte d’Ivoire en France, deux hôtels particuliers dans la rue adjacente (rue Léonard de Vinci), un de 720 m2 sur trois étages loué à peine «10 000 euros par an les 10 premières années» à une société belge avec un bail de 30 ans, l’autre de 500 m2 loué pour 15 ans à l’avocat du président Gbagbo pour un montant dérisoire. Un troisième, boulevard Suchet, serait l’ancien siège des services économiques de l’ambassade. À cela s’ajoutent 10 places de parking, rue Beethoven, et une cave, sans précision de surface, avenue Paul Doumer. Ajoutez à cet état des lieux, deux étages de bureaux à la Défense, aux 12e et 13e étages de la Tour Norma, dont une partie est louée au groupe Total, et 28 places de parking en sous-sol. C’est ce dernier lot que Laurent Gbagbo cherchait à vendre en 2007 pour près de 2 millions d’euros, si l’on en croit la Lettre du Continent. Quant au «château Masseran», l’État ivoirien en a obtenu la propriété alors qu’il n’en avait auparavant qu’un droit d’usage. Déjà en octobre 2000, le Général Gueï, chef de la junte ivoirienne qui avait accédé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en décembre 1999, déclarait vouloir faire de «ce splendide hôtel particulier une vitrine de la Côte d’Ivoire en France.» Le président Laurent Gbagbo a mis à exécution ce projet, décidant d’en faire la résidence du chef de l’État ivoirien à Paris. Il a demandé à la Maison Osenat de mettre en vente, le 29 juin 2008 à Fontainebleau, les somptueuses collections d’œuvres d’art qui meublaient ce palace. Ce sont des meubles Louis XV et Louis XVI et plus de cent objets d’art qui ont été mis en vente, dont des tentures ayant appartenu à Marie-Antoinette et des tableaux de Renoir (dont l’un estimé à 2,2 millions d’euros), Bonnard ou encore Vlaminck... Les recettes de cette vente devraient servir à restaurer l’hôtel particulier, à moins qu’elles ne servent aussi à acheter de nouveaux appartements à Paris pour les diplomates ivoiriens. La fille du président défunt, Hélène Houphouët-Boigny, en est aujourd’hui pour ses frais, elle qui demandait en octobre 2007 au président Gbagbo un dédommagement du fait de cette «spoliation». Elle se bat de longue date contre le régime en place et une partie de sa famille (les autres cohéritiers étant Augustin, François, Guillaume, Marie et Olivier) pour le règlement de la succession. Elle cherche notamment à comprendre quelques étranges disparitions, à l’image du projet de construction de l’hôpital Saint-Joseph-Moscati à Yamoussoukro, promesse d’Houphouët au pape Jean-Paul II. Pour le financer, les maisons Christie’s et Sotheby’s ont procédé en novembre 1993 à New York, soit un mois avant le décès du Vieux, à une vente aux enchères de toiles de maître, qui a rapporté au bas mot 40 millions de dollars. Quinze ans plus tard, il n’y a guère que la première pierre de l’hôpital qui ait été posée. Reste qu’Hélène Houphouët-Boigny n’est pas du genre à baisser les bras. En janvier 2009, son avocate Isabelle Coutant-Peyre a lancé depuis Paris une «sommation interpellative» en Côte d’Ivoire pour avoir des nouvelles de cette succession, jamais bouclée.

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